Eléonore

 
 Eléonore élue géante 2012
   Trophée la Voix du Nord
 
 
Il suffit d’un regard et d’une rencontre pour être sous son charme
Encore dimanche, Éléonore Laloux, 27 ans, illuminait les écrans de télévision. En compagnie de ses amis trisomiques Robin, Thibaut et Amandine, Éléonore, habituée des médias, était au cœur d’un reportage de l’émission «Sept à huit» sur TF1. Avec son papa Emmanuel à la tête de l’association Down Up, elle a réussi à convaincre un bailleur social de créer une résidence intergénérationelle, dans l’ancienne clinique Bon Secours rénovée à Arras, où se côtoient, depuis près de deux années, des adultes trisomiques, des personnes âgées et des familles. Une première en France. Éléonore est fière d’avoir gagné son indépendance en habitant cette résidence. «Je travaille également au service administratif d’une clinique à Arras. Je me suis battue pour avoir ce job. »
Avec près de 48 % des suffrages (5 nominés), Éléonore, qui a su changer les regards sur la trisomie, a été élue à la quasi-majorité. Il faut dire que son sourire fait des ravages, dès la première rencontre.
 

 

Mon histoire

Tout a commencé avec la troisième grossesse de maman. A ma naissance j’ai été dans l’incubateur au Centre Pathologie Néo-Natal d’Arras. J’avais des gros problèmes de coeur mal formé. Toutes les nuits je respirais mal et mes parents se levaient pour bien me mettre. Ensuite j’ai été à l’hôpital de Lille voir Docteur Rey qui m’a envoyée à l’hôpital Marie Lanelongue au Plessis Robinson. C’est là que j’ai été opérée du coeur par Professeur Binet. Je suis sortie de l’hôpital à Noël. Il y a eu une grande réunion de famille à Moyenneville. Tout le monde m’a accueillie.

Ensuite, j’ai été voir l’orthophoniste à Douai puis à Arras. Comme j’avais des problèmes respiratoires je suis allée voir la kiné. J’ai été en maternelle à La Présentation, à l’école primaire à St Joseph et Marietta-Martin, au collège les Louez Dieu et au lycée St Charles à Arras. J’ai fait des stages dans différents établissements (Pas-De-Calais Habitat, Agence Tournant, Médiathèque, la Vie Active, la Chambre des Métiers, la Clinique Bon Secours). A Bon Secours, j’ai fait plusieurs stages, de quinze jours et en alternance, et j’ai trouvé ce que je veux faire. J’ai été embauchée avec un contrat de CDD puis un contrat de CDI. Mes parents ont cru en moi, ils ont dû se battre et ils ont eu raison. Moi, je me suis battue à fond pour avoir du boulot et je suis fière d’y être arrivée et surtout de gagner ma vie. Ce n’est pas rien.

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Mon travail

Ça fait trois ans que je travaille pour la Générale de Santé et ça me plaît. Je me sens bien intégrée dans le groupe de mon service. Il y a une bonne ambiance. Mes horaires sont 9h15 – 12h et 12h45 – 13h45. Je vais au travail en bus. Il y a vingt minutes de route. J’accomplis différentes tâches : je trie le courrier, je fais de l’adressage et de la mise sous pli, du classement alphabétique et numérique, j’envoie des fax, j’aide à l’accueil, je fais des photocopies et je réponds parfois au téléphone.

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Maman

Il y a 24 ans, je ne savais rien de la trisomie ; juste quelques idées préconçues, majoritairement monstrueuses, sources d’angoisse, de honte et d’antipathie, et si l’on m’avait annoncé pendant ma grossesse que je donnerais naissance à un enfant porteur de trisomie 21, j’aurais probablement pris peur et préféré me donner la chance de mettre au monde, plus tard, un enfant « normal » plutôt que déficient intellectuel.

Une fois le choc de l’annonce de son handicap et des problèmes de santé associés passé, Eléonore a fait se révéler en ses parents une force et une capacité de tolérance que nous méconnaissions totalement. Sa présence est rapidement devenue source de richesse et de bonheur. Très tôt, Eléonore donnait du sens à notre vie et nous investissait d’une mission : celle de se battre pour elle, de lui rendre la vie la plus facile possible, lui donner toutes les chances de réussite et d’épanouissement. En un mot, nous mettions tout en œuvre pour que ses compétences se développent, et tout ce que nous lui donnions, Eléonore nous le rendait au centuple.

Aujourd’hui, nous mesurons l’étendue de notre ignorance d’il y a 24 ans et pouvons affirmer que ce fichu chromosome surnuméraire donne à Eléonore des richesses que nous pouvons lui envier. Aussi, plus que jamais, nous soupirons : « Quelle chance de ne pas avoir su que cet inconnu que je portais en moi était trisomique ! Quelle bonne fortune que notre Eléonore ! »

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